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jeudi 29 mai 2014

Max de Sarah Cohen-Scali

Auteur : Sarah Cohen-Scali

Edition : Gallimard

Pages : 473 

Prix : 15 euros

Synopsis : 
19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !"Max est le prototype parfait du programme "Lebensborn" initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.



Mon avis :


Je sens que cela va être très difficile de donner mon avis sur Max. Vous n'imaginez pas combien c'est compliqué de critiquer un livre qui relate d'autant d'événements, d'autant d'émotions fortes, d'autant de vérités affolantes. Ma tête fourmille d'informations après une lecture, mais là c'est bien pire. Avec Max, notre esprit devient vite perturbé... C'est pour cette raison que j'ai préféré écrire ma chronique le lendemain. Avant, ce n'aurait pas été possible. Tout aurait été désordonné, je n'aurais pas su mettre les mots sur mon ressenti.

Bien, maintenant que j'ai clarifié certains points je vais déjà pour parler de ce choix de lecture. Depuis quelques années je m'intéresse à cette partie de l'histoire qu'est "La seconde guerre Mondiale". Ce personnage Hitler m'a toujours horrifié, tout ce qu'il a pu commettre m'a choqué, et j'aime en savoir plus, connaître des détails. Ce qui m'intéresse n'est pas la guerre en elle-même, mais l'atrocité de ce qu'elle peut produire, ce qu'elle déclenche, la façon dont vivent les soldats, leurs émotions, leurs peurs. Mais pas seulement. Je m'intéresse également à cet immonde personnage surnommé "Führer", à ses idéologies, à ces peuples qu'il a massacré, à ce que la population allemande, française, anglaise a subi. Pour faire court, je m'intéresse à tout et en particulier aux détails car il m'en faut toujours plus. Cette année ça tombait bien j'ai étudié cette période de l'histoire. Il m'est arrivé de fixer un camp de concentration en image avec beaucoup de minutie ! J'étais "fascinée", et bien entendu dans le mauvais sens ! Par conséquent j'ai commencé à en parler à mes parents, j'ai regardé plusieurs films là-dessus notamment : La Voleuse de livres (qui m'a profondément ému). Puis je découvre un jour "Max" sur un blog. Immédiatement j'ai été curieuse, et ai voulu l'acheter ! Ce livre a reçu une multitude d'avis très très positifs, des coups de coeur pour certains. Et voilà que je le retrouve dans mon CDI ! Je peux vous dire que je me suis jetée dessus, et j'ai bien fait...

Nous suivons tout le long du livre la conscience de Max qui a été conçu par un programme se nommant Lebensborn. Depuis sa naissance, même avant, il réfléchit, pense, agit selon les idéologies d'Hitler, et ne vit que pour lui. Un parfait enfant aryen comme Hitler l'a exigé. Sans coeur, très mature, tenant de propos durs sans même prendre conscience des choses abominable qu'il lâche, Max naît de cette façon. Un point de vue repoussant mais qui incite à en savoir plus, à en lire plus, et à essayer de comprendre. En effet, j'ai détesté Max au début. Puis après réflexion je l'ai pris de pitié. Cet enfant n'a jamais pu choisir, car le seul choix qui s'imposait à lui était celui des idéologies d'Hitler. Il a vécu pendant toute son enfance à côté de personnes qui pensaient comme lui, où le mal régnait dans son pays. Comment pouvait-il aimer, se rendre compte qu'il était injuste de maltraiter les polonais, les juifs, les tzyganes, que la violence n'était pas une solution ? Alors que tout cela était permis, que la vulgarité était conseillé, que frapper, être fort étaient des qualités, que dénigrer, dénoncer son voisin était courageux, que donner sa vie pour Hitler était son devoir et obligatoire...
Max a subi bourrage de crâne sur bourrage de crâne, à tel point qu'il trouvait toutes ces atrocités normales, qu'il voulait rencontrer le Führer à tout pris, qu'il le considérait comme son père et l'Allemagne comme sa mère. En effet, en plus de tout cela, il a été le premier enfant né par accouplement selon les critère d'Hitler. C'est-à-dire aux yeux bleux, aux cheveux blonds, aux corps possédant les mesures selon la race aryenne. Sa mère et son père ne se sont vus qu'une fois, pour servir à Hitler, faire un bébé, et partir. Quelque mois avec la mère et voilà le nouveau-né séparé de sa mère.
Max est orphelin et s'en accomode très bien car pour lui les mères ça sert à rien.
Sauf qu'au fur et à mesure de sa croissance, il rencontre des personnes aux opinions différents à qui il s'attache un peu. Tout cela est voilé, subtil, son avis ne change pas, mais il réfléchit... penche très légèrement de l'autre côté... mais revient très vite sur ce qu'il est sensé croire.
L'auteur a fait un remarquable travail là-dessus, car tout est fait minutieusement, avec logique. Max ne peut pas changer du jour au lendemain avec ce qu'il a subi, ce qu'il a pensé durant des années. Tout est fait progressivement, tout n'est pas forcément palpable dès le début. On ne se rend pas bien compte qu'il change, c'est comme quelqu'un qui grandit. Lorsque l'on le voit tous les jours, on ne prend pas conscience qu'il se modifie. Pourtant si. Eh bien c'est pareil avec Max. On grandit avec lui. Et quand on revient sur les premières pages et les dernières, on voit la différence, on constate une grande évolution. Et on aime encore plus Max qui n'a pas choisi sa vie.
Ce livre regorge de faits vrais, d'événements qui se sont réellement déroulés et c'est d'autant plus atroce ! "Max" est rempli de passages choquants, de paroles "choquantes". Comment l'homme peut-il faire ça ? C'est abominable, horrible... j'ai découvert les pires atrocités dans ce livre. La façon dont sont utilisés les enfants, Max, les kidnappings, les écoles qui forment les enfants non allemands, les mamans tabassés, la guerre, les bombes, les petits allemands enrôlés de force dans des écoles militaires, les punitions horribles, les programmes difficiles, les armes dans les mains de gamins de 5 ans, le sang, la mort, les camps de concentration, les corps inspectés, les tris, les mesures, les hommes entassés dans trains, les mères arrachées à leurs enfants, les missions secrètes faites subtilement, les cours de biologie sur les juifs enseignés aux plus jeunes, le bourrage de crâne énorme exercé sur les enfants... et j'en passe.
Et dire qu'on n'en parle pas à l'école, et dire que je n'étais pas au courant. Merci infiniment à l'auteur d'avoir autant documenté ce livre, de nous avoir offert le point de vue nazi d'un pauvre enfant qui ne pouvait faire autrement que de l'adopter, merci d'avoir eu cette idée originale et intéressante.
Coup de coeur pour Lukas, un personnage que j'ai grandement apprécié. Je préfère ne pas en vous dire plus.
Oui, je ne ressors pas indemne après cette lecture. Oui, cette lecture restera gravée dans ma mémoire. Oui, j'ai pleuré. Oui, le mot est faible pour dire que tout ce qui s'est passé est atroce.

J'aimerais vraiment écrire un avis bien plus complet sur ce livre qui mérite beaucoup. (Mais je préfère vous laisser "la surprise".) Max devient officiellement mon livre préféré, par conséquent il n'est pas nécessaire que je précise que c'est un énorme coup de coeur. Je comprends désormais pourquoi ce livre est déconseillé aux moins de 15 ans. La plume de l'auteur n'y va pas par quatre chemins, comme l'exige son narrateur. Tout y est dit avec une simplicité frappante, concise et qui marque l'esprit. Les phrases sont souvent très durs. L'histoire est perturbante, affolante, ce fut une lecture très difficile, éprouvante. J'ai été choquée durant toute ma lecture, j'ai découvert de terribles choses. Il est clair que psychologiquement c'est pas facile à avaler lorsque l'on prend conscience que tout ceci a été réel et qu'on se met à la place de ces gens. Il est très important de connaître cette partie de l'histoire, de se la rappeler en espérant que cela ne reproduise pas, à tout prix... Même si la guerre est encore d'actualité.


samedi 17 mai 2014

Belle époque de Elizabeth Ross

Couverture Belle Epoque.

Auteur : Elizabeth Ross

Edition : Robert Laffont

Pages : 416

Prix : 17,90

Synopsis : « Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d'emblée plus attirante. »

Lorsque Maude Pichon s'enfuit de sa Bretagne natale pour échapper à un mariage dont elle ne veut pas, elle monte à Paris, ville-lumière en ébullition à la veille de l'exposition universelle de 1889. Hélas, ses illusions romantiques s'y évanouissent aussi rapidement que ses maigres économies. Elle est désespérément à la recherche d'un emploi quand elle tombe sur une petite annonce inhabituelle : « On demande de jeunes filles laides pour faire un ouvrage facile. » L'Agence Durandeau propose en effet à ses clients un service unique en son genre : le repoussoir. Son slogan ? « Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d'emblée plus attirante. » Étranglée par la misère, Maude postule...


Mon avis :

Maude  Pichon est une jeune fille âgée d'à peine seize ans, et là voilà déjà confrontée à la vie. Alors qu'elle quitte son domaine familial pour Paris, des rêves pleins la tête, elle découvre une annonce qui paye bien pour un ouvrage facile. Sauf que ce qu'elle découvre n'est pas ce à quoi elle s'attendait. En effet, Maude a mis les pieds dans une agence de "repoussoirs", réticente au départ elle se laisse tout de même embarquer et déjà attire une cliente, la plus importe de toutes.

Ce livre mène vraiment à réfléchir. J'ai pris un peu de temps à l'achever. J'ai dévoré les 3/4 du roman, mais le comportement de Maude m'a freiné pour lire le reste. 
Je vais recommencer depuis le début. 

Déjà je ne m'attendais pas à ce que Maude soit si "faible", "craintive" parfois. Elle ne possède pas une personnalité si forte que ça, et cela change des héroïnes que j'ai tendance à rencontrer dans la plupart des livres. 
Un second point m'a surpris. Je ne sais pour quelle raison, mais dans mon esprit Maude était une jeune fille noble. Je pensais qu'elle vivait aisément et allait faire face à la réalité de la vie, qu'elle allait comprendre dans quel monde superficiel elle demeurait avant... Sauf que j'ai vu tout faux. 
Maude vient d'un petit village de Bretagne, où son père gagne sa vie modestement. Elle ne connait pas toute cette richesse, tous ces beaux accoutrements... J'avoue avoir été un peu déçue au départ, car ce genre de point de vue aurait pu convenir et être intéressant. Mais très vite cette petite déception s'est effacée, car le choix de l'auteur était logique et tout aussi plaisant à lire.

Malheureusement, un autre point m'a également dérangé. Vers la fin de l'histoire Maude commence à se métamorphoser. Elle se sent supérieur, tente d'oublier de quel rang elle provient. Je vais être plus claire. L'adolescente connait "la misère" avant d'être employée dans cette agence. Et peu après une cliente très aisée l'accapare. Elle doit lui obéir constamment, suivre ses ordres. Maude sait qu'elle ne doit pas laisser ses sentiments la contrôler, pourtant elle crée des liens avec Isabelle (je reviendrai sur elle plus tard). La jeune fille garde toujours la tête sur ses épaules, sait que le monde où vit Isabelle et sa cliente n'est qu'artifice. Elle trouve ça puéril. Les domestiques, Maude ne les considère pas comme des moins que rien. Elle sait que ce monde superficiel est ignoble, que l'apparence ne devrait pas compter.
POURTANT, à force de vivre des mois et des mois auprès de ce genre de personnes, elle se laisse influencer et change. Elle dit des choses horribles, on ne la reconnait plus. Toutes ses valeurs sont perdues. Elle se laisse emporter par toutes ces paillettes, s'y plonge et y croit.

J'ai trouvé ça très étrange. Je ne pense pas qu'à sa place je me serai autant laissée aller. Mais bon, comme je n'ai pas vécu l'aventure de Maude c'est difficile de prétendre pouvoir tenir bon, garder ses esprits et par conséquent ne pas tomber dans le panneau. En y réfléchissant ça colle au caractère de Maude, car c'est une jeune fille intimidée, peureuse parfois... mais qui va quand même de l'avant. À la fin elle regrette ce qu'elle a pu émettre et penser, bien évidemment. Et c'est à ce moment-là, qu'elle se fiche éperdument du regard des autres et qu'elle ne se concentre plus sur des détails futiles. Oui, son comportement était logique en fait. Maude qui était déjà mature, possédait tout de même une nature fragile. C'est normal qu'elle soit devenue si facilement aveuglée, qu'elle se soit sentie supérieur aux autres filles de l'agence à un moment donné.

Bref, je ne veux pas trop vous spoiler non plus. En une phrase ce qui m'a dérangé c'est ce changement de comportement, mais qui était sensé apparaître dans la logique de l'histoire et de la personnalité de Maude. Je n'ai pas apprécié, ça m'a ébranlé, énervé... mais heureusement c'était court.

Isabelle est un personnage très important dans "Belle Epoque", elle entretient une relation particulière avec Maude. Cette jeune fille est très aisée. Pourtant son caractère ne tombe pas dans les clichés "de la jeune fille pourrie gâtée qui n'a rien dans la tête et ne souhaite qu'améliorer son  physique", ni "de la fille arrogante, insolente, tout le temps, de mauvaise humeur cachant un lourd passé, agaçante et haineuse". Non. Isabelle est spéciale, sa personnalité est originale et l'auteur a vraiment bien développé ce personnage. Je ne savais jamais à quoi m'attendre avec Isabelle. D'habitude j'arrive à prédire certaines paroles des personnages, mais avec elle je n'y arriverai pas ! Elle est imprévisible et très intéressante. Ca va dans tous les sens, on ne sait pas trop sur qui on tombe au début du livre, ni comment elle réagira face à Maude. J'ai énormément apprécié ce personnage.
Une seule chose m'a chagriné, c'est encore une fois la réaction d'Isabelle. Vous ne pourrez pas comprendre de quoi je parle si vous n'avez pas lu "Belle époque", mais vers la fin Isabelle n'a pas réagi comme je l'aurais souhaité. Elle n'a pas assez défendu Maude, ne l'a pas assez aidé, après tout ce qu'elle a fait pour elle. Ca m'a grandement déçu.

En ce qui concerne la petite histoire d'amour entre Paul et Maude. J'ai entendu dire que cette romance était trop légère, pas assez exploitée. Eh bien heureusement ! Car le centre de l'histoire ce n'est pas Paul et Maude, c'est Maude et son travail de repoussoir. C'est avant tout ce côté-ci de sa vie qui m'intéressait et me faisait tourner les pages sans jamais pouvoir me stopper ! 
Par contre, ce que je peux reprocher à cette légère romance c'est que Maude allait constamment vers Paul. J'aurais aimé que Paul fasse plus de fois le premier pas, quitte à rajouter quelques pages en plus au roman.
Autre petit point négatif : l'avant dernière-scène entre Paul et Maude. Mais pourquoi était-ce aussi rapide ? L'auteur a survolé les émotions, la réaction de Paul face à ce que Maude lui a avoué! Ce n'était pas crédible, ça manquait de sentiments, d'indignement, de surprise ! Ca m'a agacé que Paul reste aussi "impassible". Alors oui, il a réagi mais pas assez à mon goût.
Globalement leur couple était attendrissant, certaines scènes méritaient d'être mieux développées afin d'apprécier le charme de Paul que je n'ai malheureusement pas réussi à percer.

J'ai bien aimé le fait que l'auteur passe d'un événement à un autre, et ne s'attarde pas sur certains détails. Parfois elle a un peu abusé, elle n'a pas su trouver le bon dosage. L'époque dans laquelle vit Maude se fait ressentir, j'ai apprécié m'y plonger dedans. Il est clair que je lirai d'autres romans "historiques".

Pour conclure, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire "Belle époque". Le sujet est original, fait réfléchir, et nous concerne ; les adolescents particulièrement comme l'a fait remarquer l'auteur dans ses Notes. C'est à cette période de notre vie que nous nous préoccupons le plus de notre apparence.
Etant donné que j'en suis en plein dedans, je n'ai pu m'empêcher de me positionner à la place de certaines camardes qui sont traitées un peu comme Maude. Se considérer comme "laid" m'horrifie, et je me suis posée beaucoup de questions sur tout le long du roman et après. Ce que j'en ai retenu c'est que la beauté est bien subjective, que chacun peut plaire à une autre personne malgré les défauts que les gens peuvent nous faire remarquer. C'est très perturbant de vivre dans la peau d'une "laide", et je conseille à tous de tester l'expérience par cette lecture. Je ne me suis jamais ennuyée. La seule chose que je pourrai reprocher à ce livre ce sont les réactions de certains personnages face aux aveux de Maude, vers la fin. C'est un peu décevant, et trop effleuré à mon goût.
Ca ne m'empêche pas d'avoir grandement apprécié.